Démembrement



Photo: Anatoly Maltsev / EPA


St Petersbourg. Le 12 Octobre 2013. Des policiers répriment violemment une manifestation d’activistes. Foisonnement de membres - bras, mains et jambes. On peut entendre, contre le sol, le bruit sourd et trouble des pas de la troupe. On marche d’une part. D’autre part, on flotte : un manifestant que l’on transporte, n’a alors plus d’emprise que sur un sac plastique frêle comme lui. Son confrère au deuxième plan va lui aussi prendre son envol. Il doit être de coutume que la répression en acte ressemble à une forme de vol plané assisté, mais vertigineux. Les grimaces - et les cris qu’elles trahissent - sur les visages des manifestants contrastent fortement avec l’absence de visage de la police. Quand bien même on en reconnaît un, ce dernier est placide, sans expression. Et ne rejetons pas trop vite de nous demander si visages il y a vraiment, sous les casques couverts !

J’ai toujours trouvé étrange, ce que le rappel à l’ordre comportait de chaotique. Dans cette photographie, il s’agit d’un entrechoc de membres, voire de démembrement : corps sans jambe ni bras ; corps sans tête ; tête sans visage. Ce démembrement efface de même tout fonctionnalisme. Lorsque les membres sont ainsi détachés, il y  a des chances que le corps ne soit plus le corps. Les manifestants sont transportés par morceaux que la police charcutière se partage.

St Petersbourg. Le 12 Octobre 2013. Des policiers répriment une manifestation d’activistes pour la défense des droits des homosexuels. Il y a comme une remontée de l’homophobie qui s’était tassée, ces dernières années en Russie. Sur cette problématique, la puissance publique est sans appel, tandis que par ailleurs, approchent les Jeux Olympiques d’hiver, à Sotchi, sans le sud-ouest du pays.

L’homosexualité donc, et le sport. Deux formes de l’usage du corps. Corps caché et corps fugitif dans l’un, corps public, corps exalté dans l’autre. La répression de cette manifestation est le lieu d’un choc. Il ne peut y avoir que démembrement.