Les aubes électriques

Sur la série “La féline”
de Louis-Philippe de Gagoue

Texte pour Chik Magazine, Abidjan

© Louis-Philippe de Gagoue


La série “Les aubes électriques” évoque une Afrique faite corps, figure et formes. Ici, le goût de l’Afrique contemporaine est nourrie par la mystique des âges; il hante, ubiquiste, le banc souillé de la lagune ; il bat comme le caoutchouc des pneus, le sol bitumeux de la ville; il confronte le métal rouillé du taxi brousse; il caresse le béton des architectures déchues et le verre des bâtisses du futur; il côtoie le regard livide du travailleur, auquel il se prête en rêve. Ce goût vibre, il existe en puissance. En fait, il se juxtapose, compose avec des visions a priori contradictoires. Puis il prend corps. Il est le modèle.

Si le trait blanc souligne son mutisme, c’est que les mots, traitres et impuissants, on failli à toute saisie réelle de ce qu’il est. Ce qui ne peut s’exprimer par les mots se glisse alors dans l’image pour figurer une conception du goût inscrite dans l’Afrique urbaine, irreductible à toutes les projections dont elle a fait et continue de faire l’objet : celles qui amenaient la déchéances des temps. Fini ! “Les aubes électriques” proclame en revanche un goût d’Afrique proprement vibratoire, où le vêtement écarlate contredit et épouse à la fois la grisaille humide de la ville. Où l’étoffe soyeuse plonge dans le ciment, mais flotte. Où le motif scintille doucement, regénérant les lumières mortes de la cité.

Qu’est-ce là, si ce n’est l’annonce des afriques qui s’en viennent? Nul besoin de les imaginer: leur figures s’imposent déjà, déterminées et affirmatives. Elles rappellent que les afriques sont luminescentes, c’est-à-dire qu’elles brillent d’une lumière froide et électrique. Et, puisque dans la photographie de mode, le modèle sert, précisement, de référence, il est, en quelque sorte, leur manifestation première. Nous, les spectateurs, en sommes saisis par l’étrange beauté, l’impression d’utopie et ce sens de l’enchantement.